Les conséquences de la sécheresse sur vos arbres (Mai 2007)

Voici trois années consécutives que nous assistons à des vagues de sécheresses. Les températures s'envolent et les périodes de sécheresse répétées qui s'étendent sur des périodes de plus en plus longue … En sachant qu'un arbre adulte puise jusqu'à 200 litres d'eau par jour... Comment nos amis les arbres réagissent-ils face à ces agressions et que pouvons- nous faire pour les aider ?

Nous avons réalisé ce document de façon succincte dans un but didactique. N'hésitez pas à nous faire parvenir vos remarques en nous contactant.

Les arbres sont naturellement aptes à mobiliser les réserves en eau du sol et sont capables de tolérer de fortes variations de ces réserves grâce à trois mécanismes.


Trois mécanismes de défense face à la sécheresse et la caniculemécanismes de défense des arbres face à la sécheresse et la canicule

* 1. Le pompage de l'eau du sol : Les arbres s'alimentent en eau et en sels minéraux indispensables à leur vie via leurs racines. L'enracinement est plus ou moins profond selon les espèces et le milieu. L'épicéa a des racines en surface, le chêne des racines profondes par exemple.

* 2. La transpiration du feuillage : Les stomates situés sur l'intérieur du limbe des feuilles, assurent les échanges gazeux entre le végétal et son environnement. En cas de forte chaleur les stomates vont se fermer afin de limiter la transpiration du végétal. La photosynthèse devient également limitée, puisque le gaz carbonique entre également par les stomates. La croissance de l'arbre s'arrête et les tensions de l'eau entre le sol et les feuilles vont s'en trouver réduites. Heureusement, si la sécheresse cesse, les stomates se rouvrent et reprennent leur activité thermorégulatrice.

* 3. Ajustement de la surface foliaire : En situation extrême, l'arbre va se séparer

Arbre en manque d'eau

prématurément d'une partie de son feuillage le plus ancien (celui qui assure le moins bien la transpiration) afin de limiter les dépenses énergétiques et la transpiration.

De plus il va stocker des réserves permettant le redémarrage de la croissance lors de la prochaine saison de végétation.


Remarque : Lors de sécheresses, les racines des arbres ne peuvent pas s'adapter rapidement et croître pour atteindre des zones plus profondes susceptibles de les alimenter en eau. En cas de pénurie d'eau, la croissance des racines cesse généralement. Par contre, si de fréquentes périodes de sécheresse frappent une région du pays, les racines peuvent lentement, au fil de nombreuses années, adapter leur croissance pour mieux faire face à la sécheresse. Les arbres dont la croissance est à maturité, en raison de leur système racinaire massif, prennent beaucoup plus de temps qu,un jeune arbre à s'adapter au changement de conditions de croissance et de conditions climatiques.

Dégâts et faiblesses d'un arbre induits par la sécheresse

Les études menées depuis la grande sécheresse de 1976 ont permis d'acquérir de nouvelles connaissances sur la réaction des arbres aux stress hydrique (sécheresse) et thermique (canicule).

Ce type d'accidents climatiques provoque outre des dégâts immédiats qui ne sont que la partie visible de l'iceberg. La majeure partie des dégâts s'étalera sur le long terme et il faudra plusieurs années pour dresser le bilan des dégâts occasionnés.


Dégâts et faiblesses induits par la sécheresse et la canicule:

* Dans le cas d'arbres adultes, quelques grosses racines profondes permettent la capture d'eau profondément dans le sol. Cependant, la très grande majorité des racines fines qui assurent l'apport en eau (Le "chevelu", formant le tapis racinaire, regroupe 80% des racines) sont localisées dans les trente premiers centimètres du sol. Or, ces racines fines sont très fragiles et meurent facilement dans un sol sec ou à température trop élevée, nécessitant pour l'arbre un investissement considérable pour les reconstituer lorsque les conditions redeviennent favorables.

* Les racines fines vivent symbiose avec des champignons (mycorhizes), qui explorent la zone la plus riche du sol et procurent aux arbres les éléments minéraux nécessaires à leur croissance et à leur développement (cations, azote, phosphore,…).
Feuillage de chêne roussi
L'asphyxie du chevelu racinaire entraîne des carences nutritives à l'arbre, modifiant sa physiologie puis la morphologie de ce dernier (ternissement et nécrose du feuillage).
 

* Le manque d'eau va accentuer l'agressivité des sels et des polluants se trouvant dans le sol.

* La situation de faiblesse dans laquelle va se trouver l'arbre va stimuler les attaques de certains acariens, d'insectes ravageurs et de parasites de faiblesse.

* La perte totale ou partielle du feuillage des arbres va entraîner un ensoleillement subit des branches et du tronc jusqu'alors protégés. Des fissurations et des chancres en bande vont apparaître (Phénomène d'échaudure : nécrose corticale de l'écorce orientée) et l'écorce va se décoller progressivement.

En milieu urbain, la quantité d'eau rejetée par les arbres par la transpiration est presque toujours supérieure aux précipitations de pluie, surtout pendant la saison de croissance.

Lorsque le sol accuse une pénurie d'eau, on peut s'attendre à ce que les arbres exploitent toutes les sources d'eau à leur disposition. Afin de préserver la végétation de votre jardin il faudra éviter que vos arbres ne souffrent du manque d'eau.

Jeune arbre dépérissant


Quelques astuces pour éviter la mort prématurée de vos arbres…

* L'arrosage doit permettre de couvrir tout le système racinaire de l'arbre, et non pas se limiter à la base de l'arbre. Attention! Il ne faut arroser qu'en cas de sécheresse... En temps normal, il ne faut pas arroser, sinon l'arbre ne va pas chercher plus loin avec ses racines (il n'aurait pas de raison de se fatiguer...). Dans ce cas, la stabilité de l'arbre peut être très fragilisée ainsi que son apport en eau.
Dans le cas des arbres et arbustes, les racines qui absorbent le plus d'eau sont en général situées dans les premiers 30 cm de profondeur, et atteignent, voire même dépassent la limite du feuillage.

* L'arbre entouré de surfaces dures, tels bâtiments, chemins, trottoirs, voies d'accès pour automobiles, etc., accusera davantage de transpiration que s'il était entouré de zones de verdure formées de pelouse ou d'autres arbres, de sorte qu'il aura besoin de beaucoup plus d'eau. En cas d'arrosage forcé (sécheresse), il vaut mieux prévoir un mince filet d'eau pendant une longue période, comme pendant la nuit.

* Attention à limiter votre arrosage! Les arbres peuvent recevoir trop d'eau. L'arrosage automatique doit être réglé en fonction des besoins réels de l'arbre. Evitez donc les massifs aux pieds des arbres, ceux-ci demandent plus d’eau que leurs grand frère. En règle générale, les racines d’un arbre baignant dans l’eau ne peuvent pas utiliser l’oxygène pour faire monter l’eau dans les parties supérieures de l’arbre. L’arbre se noie littéralement, c’est l’asphyxie !

* Disposez une couche de paillis d'environ 10 cm de profondeur autour du pied de l’arbre si possible sur une superficie égale à la couronne de l’arbre et surtout, en évitant de recouvrir le collet (partie de l’arbre se trouvant entre le tronc et les racines) pour maintenir le sol humide, modérer sa température, contrôler l'érosion et supprimer les mauvaises herbes. Vous pouvez aussi utiliser des copeaux de bois ou de l'écorce. Nous vous conseillons de ne pas tondre directement autour de vos arbres. Les herbes hautes vont permettre de conserver l'humidité.

* L’élagage contribue aussi grandement à réduire la masse des arbres, aussi bien pour les branches au-dessus du niveau du sol que pour les racines sous terre, et, par conséquent, la quantité d’eau nécessaire pour satisfaire leurs besoins biologiques. La vigueur des arbres trop élagués risque d’être compromise. Par conséquent, il ne faut jamais enlever plus de 30 % des branches des arbres au cours d’une année donnée (voir dossier sur les tailles radicales). Un élagage au cours d’un cycle de 2 à 5 ans, alors que peu de branches sont retirées, vaut mieux pour la vigueur et l’aspect d’un arbre qu’un élagage étendu effectué à de nombreuses années d’intervalle.

* Choisissez les bonnes essences d'arbres : Les essences d’arbres ayant leur habitat naturel en sol marécageux ou humide (peuplier, saule, orme, érable rouge, érable négondo, érable argenté, chêne à gros fruits) ont généralement plus besoin d’eau. Parmi les essences exigeant moins d’eau, le pin, l’épinette, le sapin, le marronnier d’Inde, le noyer et le févier. AB Treeworkers se fera un plaisir de vous conseiller sur les essences d'arbres les plus adaptées à votre jardin.

SOURCES :

DUFRESNE Ch., Cours de pathologie, CFPPA Fondettes, 2007
Cours de botanique (ISI Huy 1999),
JULLIEN E. & J., Diagnostic et soins des plantes au jardin, éd. ULMER,
POKORNY J., Arbres, éd. GRÜND

Sites : http://www.nancy.inra.fr/ , www.cmhc-schl.gc.ca